L’accès aux questions d’actualité pour les enfants peut donner lieu à des interroga-tions légitimes, côté parents. D’autant plus au cœur d’une période marquée par des évènements intenses et anxiogènes, en France comme dans le monde.

Échanger sur l’actu avec ses enfants et écouter leurs craintes et questionnements, c’est leur permettre d’appréhender plus sereinement le monde qui les entoure. Certaines informations sont toutefois difficiles à aborder avec les plus jeunes : situation sanitaire mondiale, conflits internationaux, évènements choquants… Voici quelques conseils pour évoquer l’actualité avec justesse, et neutralité.

Aux côtés de Perrine Saada, psychologue clinicienne, faisons le point sur les ressources pour aider les parents à parler de l’actualité à leurs enfants, tout en les protégeant des risques numériques.

Pourquoi faut-il parler de l’actualité à ses enfants ?

D’abord, car l’actualité contribue à connecter l’enfant au monde qui l’entoure. Il est donc essentiel d’en parler en famille, en choisissant les supports et le vocabulaire adaptés [1]. 

Ensuite, parce qu’« il est impossible de contrôler tout ce que son enfant voit et entend. Mais les parents peuvent l'aider à comprendre ce qu'il a vu et entendu sans poser de jugement, en partant de ce qu’il sait déjà et a compris, afin d'adapter leur propos à son vocabulaire, à son niveau de compréhension et à son envie ou besoin du moment », confirme la psychologue Perrine Saada. 

Pas à pas, confirmer ensemble la véracité des informations auxquelles on est exposé et confronter les points de vue sur les évènements qui font l’actualité permet aux enfants de développer leurs connaissances, mais aussi leur esprit critique [1].

L’actualité, les enfants, les parents et le web : une problématique déjà ancienne

Ces échanges autour de l’actualité répondent aussi à un besoin d’information exprimé par les jeunes, et le phénomène n’est pas nouveau ! Il y a plus d’une dizaine d’années déjà, près de 60% des jeunes disaient consulter l’actualité sur le net[2]. Ils privilégiaient alors le contenu reçu sur leurs messageries, et non accessible à travers les sources officielles de presse en ligne. Aujourd’hui plus que jamais, la nécessité de les guider dans le choix de leurs sources d’informations reste donc d’«actualité »…

Actualité pour les enfants : s’informer tout en se préservant des images violentes, oui, mais comment ?

Le principal enjeu est d’accéder à une information de qualité sans s’exposer aux images et déclarations violentes. Un défi ces derniers temps, compte tenu d’une actualité malheureusement « lourde » du point de vue sanitaire, sécuritaire et militaire.
 

Entre un contenu visuel trop violent dans le journal télévisé et un discours anxiogène non illustré côté chaines radio, les « médias classiques » et leurs niveaux d’information ne sont pas toujours adaptés pour les enfants [1].  

« Partir d'un support (livre, article...) ou des propos d'un tiers (camarade, professeur...) peut faciliter la communication. », précise Perrine Saada. Les médias jeunesse et notamment la presse enfant abordent par exemple les mêmes sujets d’actualité que les grands titres destinés aux adultes, mais sous un angle qui correspond au stade de développement de l’enfant [1]. Comprendre le monde et s’informer oui, mais en douceur.

Comment rassurer un enfant qui rentre de l’école apeuré ou fragilisé par des informations choquantes ?

L’actualité anxiogène circule facilement dans les cours de récréation, et un enfant accède souvent à des bribes d’informations qui peuvent s’avérer choquantes. S’il vous en fait part, il vous appartient alors d’ouvrir le dialogue.  

Vous pouvez partir du principe qu’ « exposé à la violence, l'enfant peut ressentir des émotions qui le bouleversent et qu'il n'est pas toujours à même de décrypter. C'est la réaction de son entourage qui va être décisive pour son vécu. », affirme la psychologue. 

En effet, « les parents peuvent veiller à instaurer et maintenir un climat de confiance basé sur l’écoute et le dialogue dans lequel chacun peut exprimer ce qu’il a vécu dans sa journée. À l'inverse, le manque de communication pourrait l'insécuriser et le faire culpabiliser. En l'absence d’interlocuteur au sein de la famille, l’enfant peut perdre le lien de confiance et intégrer les modèles de pensée de ceux qui l’entourent, en dehors du foyer. ». 

À la fin de vos échanges, vous pouvez vous assurer que les questions posées et les explications choisies ont bien été comprises. L’objectif étant aussi de dissiper les doutes et peurs de l’enfant

Et la spécialiste de conclure qu’ « il convient de préciser que les images ou déclarations, entendues dans la cour par exemple, étant sorties de leur contexte, elles ne représentent qu'une partie de la réalité, parfois la plus choquante, mais pas la plus utile pour comprendre l'évènement ». 

L’actualité numérique pour les enfants : le contrôle parental, un pare-feu essentiel

Les enfants ont un accès immédiat et potentiellement trop large à l’actualité sur Internet, les réseaux sociaux, etc. L’exposition à des informations non vérifiées (fake news) ou à des images choquantes, a des répercussions qui évoluent avec l’âge, mais aussi la maturité de chaque enfant. 

En tant que parents, vous faites déjà tout votre possible pour garantir la sécurité de vos enfants, lorsqu’ils naviguent sur le web. Vous pouvez pour cela veiller à paramétrer régulièrement le contrôle parental des sites accessibles à vos enfants. Cela fait partie de l’accompagnement numérique des plus jeunesUn réflexe d’autant plus essentiel face à l’omniprésence des écrans dans le cocon familial. 

D’autres outils, comme le Permis Internet ou l’application FamiNum sont de précieux alliés pour vous aider au respect des règles essentielles pour leur accès à l’actualité en ligne.

L’utilisation des écrans en hausse depuis la crise sanitaire

Les conséquences de la pandémie de Covid-19 ne sont pas que sanitaires : elles concernent de nombreux aspects de nos vies, à commencer par la consommation d’écrans.

…plus de temps derrière les écrans

Pendant de longues semaines, l’écran de smartphone, de télévision ou d’ordinateur a constitué la seule ouverture sur le monde extérieur durant les périodes de confinement. S’informer, se distraire, communiquer à distance… Les écrans ont pris une place encore plus importante qu’avant et cette évolution semble amenée à durer, selon une étude publiée le 7 février 2022.

Menée par l’institut de sondage Ipsos pour l’Unaf* et l’Open**, l’étude « Parents, enfant & numérique » observe que la consommation d’écrans a augmenté depuis le début de la pandémie pour 53% des enfants [3].

L’âge moyen auquel les enfants reçoivent leur 1er appareil numérique est d’ailleurs de plus en plus jeune : 10,3 ans.

…pour un risque d’exposition aux images inappropriées souvent sous-estimé

Autre enseignement très intéressant de ce rapport : les parents ont tendance à sous-estimer les risques auxquels sont exposés leurs enfants. Seulement un tiers des parents déclarent que leurs enfants ont été confrontés à des images choquantes ou violentes, tandis que 40% des enfants estiment avoir eu accès à ce genre de contenus…

Cette statistique pose question au moment où des images terribles circulent dans tous les médias, sur la guerre en Ukraine, notamment.

Conflit : comment parler de la situation en Ukraine avec ses enfants ?

Depuis le 24 février 2022, le conflit qui oppose la Russie à l’Ukraine est dans tous les esprits. Les images de bombardements, de civils évacués et de quartiers ravagés font le tour des JT et des chaines d’infos.

 

Comment, alors que l’on subit soi-même ce climat anxiogène, parler le plus sereinement possible de la guerre à ses enfants ?

Selon le psychiatre spécialiste des écrans Serge Tisseron, interrogé dans l’émission La Maison des Maternelles [4], l’idéal est d’engager le dialogue lors d’un moment tranquille, au diner par exemple.

Il est conseillé de demander à l’enfant ce qu’il a vu ou entendu et ce qu’il pense de la situation pour pouvoir, ensuite, le rassurer sur l’interprétation qu’il s’est faite du conflit. Vous pouvez lui montrer où se trouve l’Ukraine sur un globe ou une mappemonde pour qu’il se rende compte où l’évènement se situe par rapport à la France.

Quelles recommandations spécifiques, en fonction des âges ?

Pour les très jeunes enfants, avant 3 ans, il est important de leur expliquer - sans rentrer dans les détails - que l’on est inquiet, mais que cela n’a rien à voir avec eux, que ce n’est pas leur faute.

Pour les enfants plus âgés, à partir de 4-5 ans, il vaut mieux éviter de parler de « méchants » et de « gentils », mais plutôt essayer de leur expliquer le contexte. Vous pouvez aussi insister sur l’entraide et la solidarité internationales ainsi que sur l’importance des valeurs démocratiques, pour donner du relief à la situation et faire ressortir des notions positives et encourageantes.

Pour ce qui est des images de guerre à la télévision, par exemple, il est fortement déconseillé d’y exposer des enfants de moins de 9 ou 10 ans. À partir de 9 ans, le mieux est de leur laisser le choix de regarder le JT ou les chaines d’infos et de ne surtout pas les laisser seuls devant l’écran.

Actualité pour enfants : les bons outils, dès le plus jeune âge

La presse spécialisée pour les enfants et adolescents est la meilleure source d’informations existante, car elle est adaptée à leur niveau de compréhension et à leurs centres d’intérêt. Disponibles sur le net ou en abonnement papier, ces titres de quotidiens ou hebdomadaires fiables souvent mis en avant dans les écoles :  

  • Le Petit Quotidien : un condensé d’information quotidien pour éveiller les plus de 6 ans à l’information  
  • 1 jour 1 actu : un site gratuit qui décrypte l’actualité pour les 8-12 ans  
  • Le Journal des Enfants : un hebdomadaire pour mieux comprendre l’actualité, dédié aux 8-14 ans  
  • Mon Quotidien : 10 minutes de lecture simple chaque jour qui aborde l’actualité internationale et culturelle, idéal pour les 10-14 ans. 

 

Ce qu’il faut en retenir ? Le plus important est d’écouter vos enfants face à une actualité choquante ou angoissante, d’engager la conversation si elle ne vient pas naturellement et de leur proposer des éléments pour comprendre ce qu’il se passe.

 

* Union nationale des associations familiales.

** Observatoire de la parentalité & de l’éducation numérique.

Sources

Interview de Perrine Saada, Psychologue clinicienne et psychothérapeute, Paris 6e, pour l’association AXA Prévention.  

[1] https://lenfantetlavie.fr/comment-parler-de-lactu-avec-les-enfants/

[2] « Comprendre le comportement des enfants et adolescents sur Internet, les protéger des dangers », enquête sociologique menée par Fréquence écoles, association d’éducation aux médias.

[3] https://www.unaf.fr/IMG/pdf/etude_openunafipsos_lv.pdf

[4] https://www.lamaisondesmaternelles.fr/article/guerre-en-ukraine-comment-en-parler-aux-enfants

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