Santé mentale des jeunes : quand l’IA s’improvise confidente et conseillère de vie…

Face à la sophistication continue des agents conversationnels, comment préserver l’équilibre psychologique et le discernement de nos (pré)adolescents et jeunes adultes, dont 48 % utilisent aujourd’hui l’IA pour parler de sujets intimes et personnels [1] ?

Santé mentale des jeunes : quand l’IA s’improvise confidente et conseillère de vie…

Face à la sophistication continue des agents conversationnels, comment préserver l’équilibre psychologique et le discernement de nos (pré)adolescents et jeunes adultes, dont 48 % utilisent aujourd’hui l’IA pour parler de sujets intimes et personnels [1] ?

Un enjeu majeur dont se saisissent à raison de plus en plus d’acteurs, afin de mieux évaluer les risques à l'œuvre, mais aussi proposer des leviers de prévention et d’encadrement de ces nouvelles pratiques numériques.

Comme son nom l’indique, l’IA relationnelle est une forme d’intelligence artificielle utilisant un modèle de langage qui arrive à mimer des interactions humaines très personnalisées. Une proximité qui peut très facilement générer de l’attachement voire de la dépendance auprès de publics vulnérables. Parmi eux, les moins de 25 ans, particulièrement exposés à ces risques qui relèvent non seulement de la sécurité mais aussi de la santé publique.

Chercher des réponses auprès d’un “psy” artificiel : une pratique régulière pour près de la moitié des jeunes Français

La dégradation de la santé mentale des moins de 25 ans est un sujet de préoccupation grandissant depuis plusieurs années, régulièrement documenté par des enquêtes aux résultats souvent alarmants : augmentation des troubles anxio-dépressifs et des idées suicidaires [2], pic de consommation de psychotropes [3]... Un mal-être accentué par différentes causalités enchevêtrées [2] : les incertitudes quant à l’avenir personnel, l’éco-anxiété, les inquiétudes relatives à l’actualité internationale, l’isolement social, la précarité économique, ou encore le cyberharcèlement…

Mais une autre variable s’ajoute depuis peu à l’équation : le recours à l’intelligence artificielle, dont les agents conversationnels peuvent eux aussi impacter l’équilibre psychologique de leurs utilisateurs, notamment les plus fragiles.

De fait, 48 % des jeunes Français utilisent l’IA pour lui soumettre des questions relatives à leur intimité et leur vie personnelle : un taux qui se hisse à 57 % des jeunes se “sentant mal dans leur vie”, et à 68 % de ceux souffrant d’anxiété modérée à sévère [1]. Près de ¾ de ces différents profils d’utilisateurs estiment que l’IA peut les aider à se sentir mieux, et à améliorer leur confiance en eux...

Les jeunes Français qui utilisent l’IA pour parler de leurs problèmes personnels la considèrent parfois comme :

  • Un conseiller de vie (64 %)
  • Un confident (61 %)
  • Un ami (54 %)
  • Un psy (46 %)

Source : L'impact des usages de l'IA sur la santé mentale des jeunes européens, enquête Ipsos bva pour la CNIL et le groupe VYV, mars 2026. 

>> Pour aller plus loin sur les différents risques liés à la sphère digitale, consultez et partagez notre rubrique dédiée

Pourquoi les jeunes se confient-ils à une machine ?

Notamment parce que l’IA présente la caractéristique d’être toujours disponible, quelle que soit l'heure ! Une immédiateté qui garantit une satisfaction “à la demande” dans l’air du temps, et qui permet de parer aux manifestations soudaines de l’anxiété (notamment nocturnes).

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Les jeunes Français qui utilisent l’IA pour parler de leurs problèmes personnels le font :

  • Parce qu’elle est toujours disponible pour répondre (51 %)
  • Parce que c’est plus facile que de parler à une vraie personne (40 %)
  • Pour se sentir écoutés sans jugement (36 %)
  • Pour parler de choses qu’ils ne disent à personne (35 %)

Source : L'impact des usages de l'IA sur la santé mentale des jeunes européens, enquête Ipsos bva pour la CNIL et le groupe VYV, mars 2026.

Autres atouts de l’IA : elle ne s’impatiente pas, ne juge pas, et ne répète pas aux autres proches ce qu’on lui dit. L’interpeller constitue donc un moyen de mettre sans honte des mots sur ce que l’on ressent, de poser des questions que l’on hésite à formuler face à autrui, ou encore de se défouler sans conséquences.

Des risques d’attachement toxique à ne pas sous-estimer

L’usage relationnel de l’IA n’est pas un danger systématique en soi : en permettant de formuler son ressenti, d’expérimenter la réflexivité (quoique artificielle) et d’éprouver de la validation émotionnelle, il peut parfois aider à désamorcer des problèmes et aller vers les autres, selon certains professionnels de santé mentale [4].

Une dynamique qui suppose toutefois de disposer de ressources psychosociales solides pour éviter les risques élevés de dépendance, d’isolement voire de mise en péril auxquels expose l’IA conversationnelle.

En cause, l'anthropomorphisme [5] : le langage de plus en plus élaboré des IA nous incite à leur attribuer des émotions et une personnalité, et à les investir de façon affective. Certes, l'IA dialogue avec cohérence, s'adapte à son interlocuteur, adopte un ton personnalisé, mais elle n'éprouve rien : elle imite l'empathie de manière convaincante. Et c’est justement cette illusion d’altérité (« empathy gap ») qui participe à nourrir la dépendance affective des adolescents en quête de considération.

Ce qu’on appelle la sycophantie algorithmique [6] est un autre facteur de risque identifié par les professionnels de santé : les systèmes d’intelligence artificielle sont conçus pour nous séduire, conforter nos opinions et nous renvoyer ce que nous avons envie d’entendre. Cette “hyper-validation” peut facilement renforcer des croyances erronées, générer des réponses inappropriées ou même fausses, voire banaliser des idées ou comportements dangereux (imprudence, idéologie, complotisme, suicide…). Des risques potentiellement dramatiques dans les situations de vulnérabilité ou de détresse.

>> Pour aller plus loin, consultez notre article dédié à la santé mentale des adolescents

Des moyens de sensibilisation qui se déploient progressivement

Dans ce contexte inquiétant, 55 % des jeunes Français sont toutefois déjà convaincus que l’IA peut isoler des autres, et 47 % qu’elle peut fragiliser leur bien-être. Ils sont même 85 % à souhaiter être davantage informés sur les risques liés à son utilisation [1] : une attente dont il s’agit de s’emparer, pour en faire une opportunité de prévention !

La récente plateforme AI*Mi [7] figure parmi les initiatives conduites à cet effet. Le calendrier de mise en œuvre de ce dispositif couvre l’ensemble de l’année :

  • février 2026 : organisation d’un débat public sur les enjeux des IA conversationnelles rassemblant 130 jeunes, suivi d’une restitution, d’une délibération et d’un vote au sein du Parlement européen
  • avril 2026 : diffusion des résultats d’une enquête conduite auprès de 3800 jeunes européens [1] (dont plusieurs des résultats ont été cités dans cet article)
  • tout au long de l’année, des actions locales ou nationales proposées par différents intervenants des champs de la sécurité, de la santé publique ou encore de l’éducation
  • au dernier trimestre 2026, organisation d’un forum de restitution visant à formuler des recommandations à l’échelle européenne, et mise à disposition d’outils pratiques validés scientifiquement, à l’adresse des jeunes, de leurs parents et des professionnels de l’éducation.
Apprendre à développer son esprit critique, avec Cogito et AXA Prévention

Cogito est un organisme de formation pas comme les autres, constitué de pédagogues et d’universitaires qui partagent la même conviction : alors que l’influence et les fausses informations saturent Internet et les réseaux sociaux, il est urgent de muscler notre esprit critique ! A cet effet, ils ont conçu un parcours d’auto-formation à destination de tous (à partir de 15 ans).

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Et pour en bénéficier, n’hésitez pas à adresser votre demande à service.axaprevention@axa.fr.

De son côté, l’Éducation Nationale a mis en ligne une série de webinaires spécialisés sur le thème “IA et éducation”, dont un épisode est dédié à la santé mentale des adolescents [8]. Destiné aux professionnels de l’éducation, il est aussi accessible aux parents et éducateurs qui souhaitent approfondir la question.

Pour conclure, voici quelques pistes concrètes pour accompagner et entourer les jeunes utilisateurs d’IA :
  • Ouvrir la discussion plutôt que de surveiller ou interdire : qu’en font-ils ? Qu’en pensent-ils ?
  • Expliquer le fonctionnement : une IA ne comprend pas, elle associe des mots selon des lois de probabilités sans en comprendre le sens. Et elle ne garde pas les secrets : elle collecte des données.
  • Partager des expériences de conversation avec une IA : pour en détecter ensemble les biais et les limites, de façon ludique.
  • Être vigilant aux signaux d’alerte et aux symptômes de souffrance psychique : isolement, perte d’intérêt, troubles du sommeil, changements brutaux…
  • Faire de la santé mentale un sujet de discussion régulier, sans tabou.

[1] Sondage Ipsos bva pour la CNIL et le groupe VYV, L'impact des usages de l'IA sur la santé mentale des jeunes européens, mars 2026 (enquête européenne conduite auprès de 3800 jeunes âgés de 11 à 25 ans).

[2] Site mutualite.fr

https://www.mutualite.fr/actualites/sante-mentale-des-jeunes-lenquete-de-la-mutualite-francaise/

[3] Site Santé Publique France https://www.santepubliquefrance.fr/presse/sante-mentale-et-bien-etre-des-adolescents-publication-dune-enquete-menee-aupres-de

[4] Site Philomag https://www.philomag.com/articles/leurs-codes-ont-change-ils-temoignent-de-la-facon-dont-lia-transforme-leur-rapport-au

[5] Site The Conversation

https://theconversation.com/comment-enfants-et-adolescents-grandissent-avec-lia-cette-amie-artificielle-271868

[6] Site Science et Avenir https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/intelligence-artificielle/pourquoi-vous-ne-devriez-pas-confier-votre-sante-mentale-a-un-chatbot_187176

[7] Site Zone Secure

 https://fr.zone-secure.net/170194/2572861/#page=1

[8] Site Education.gouv.fr https://pod.phm.education.gouv.fr/video/133833-en-toute-intelligence-6-ia-et-sante-mentale-des-adolescents/